top of page
flower3_edited.png

Jardin de mes créations

Ici la nature murmure, et mes créations lui répondent...

Patience...
 
Patience...
 
Patience...
 

Racine
roman                                             de Chris Vamay

Barbara Green, journaliste freelance, retourne dans son village natal du Massachusetts après des années d’absence. Heureuse de retrouver les siens, elle découvre pourtant une communauté frappée par des maladies inexpliquées.

Très vite, Barbara sent qu’un danger invisible plane sur Racine. Pour comprendre ce qui se passe, elle s’associe à T.J. Warren, un scientifique aussi brillant que discret. Leur enquête les mène bien au-delà de l’apparence paisible du village et de leurs propres certitudes.

Un thriller scientifique haletant, où secrets enfouis, enjeux sanitaires et tensions humaines s’entremêlent jusqu’à la dernière page.

Prix : 19,90 €

Racine
Botanique

Botanique
Nouvelle - Texte intégral                        de Chris Vamay

          « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar, que je l’ai vu pour la première fois.

       En cette fin de journée d’été, j’étais, comme tous les après-midis depuis plusieurs mois, assise sur le banc devant le grand cèdre… Mais il faut d’abord que je vous explique : cet arbre m’a toujours fascinée.  Il est remarquable. De toutes les essences de végétaux présentes dans ces jardins, il est de loin le plus impressionnant. Son écorce grise s’est pourvue de cicatrices, comme les rides nous marquent le visage, au fur et à mesure que passaient les années. Il a dû en voir des promeneurs, du haut de ses cinq-cent-vingt-huit ans ! Et combien de secrets ou de complots a-t-il passés sous silence ?

      Oui, c’est vrai je m’égare, excusez-moi. Revenons-en à l’affaire… Une douleur espiègle, sournoise et imprévisible s’insinue jour après jour dans ma tête. Elle s’est d’abord présentée, une ou deux fois par semaine, quelques minutes, pour aujourd’hui m’envahir de plus en plus, sans raison aucune, juste pour le plaisir de me perturber. Il paraît qu’au Japon, les bains de forêt sont fortement recommandés. Ils auraient des effets sur la santé mentale et physique. C’est pourquoi je viens dans ces jardins chaque après-midi, dans l’espoir que le grand cèdre fasse disparaitre ces vilains maux de tête.

Donc j’étais là, tranquillement assise sur le banc, en train de lire, le parfum vanillé de la rose Reina Helena comme compagne, quand des bruits de pas sur les graviers ont malheureusement réveillé ma migraine. Un sifflement vicieux s’est rapidement répandu jusqu’à la racine de mes cheveux. J’ai alors levé les yeux pour implorer le grand cèdre ; et c’est là que je l’ai vu. Il était plutôt bel homme. Plus âgé que moi, c’est certain, mais je ne saurais dire de combien. Il se tenait bien droit, la barbe parfaitement taillée, et serrait une sacoche contre lui, comme s’il s’agissait d’un véritable trésor.

          Piquée par la curiosité, j’ai décidé de le suivre. J’imaginais qu’il devait être un aventurier pour avoir besoin de protéger un bien si précieux... A ma grande surprise, il n’a fait que se promener, scrutant chaque recoin du jardin, allant et venant, parfois en passant plusieurs fois au même endroit. Mais… Il m’a quand même laissé une impression étrange… Comme s’il était à la recherche de quelque chose…

         Le lendemain, je suis revenue, comme à mon habitude, pour apaiser mes douleurs. Un jour, il faudra d’ailleurs que j’ose faire un câlin au grand cèdre… Les bénéfices de cet exercice sont, parait-il, extraordinaires ! Oui, excusez-moi. Je reprends... Je profitais donc de la beauté du jardin, et m’émerveillais à la vue d’une abeille posée sur une ancolie. Hélas, cette fois encore, un venin s’est faufilé sous mon crâne tel un serpent s’enroulant autour de chaque cellule de mon cerveau pour l’étouffer. Je me suis alors levée pour essayer de le faire fuir. Et c’est à cet instant que je l’ai vu pour la deuxième fois. Oui, précisément ! Le bel explorateur ! Seulement ce jour-là, il avait l’air hagard, les gestes hésitants. Il ne semblait pas m’avoir vue. Il portait la même besace, cette fois débordante d’étoffes. J’ai observé plus attentivement les tissus, étant moi-même une passionnée de stylisme et j’ai pu y discerner un éclat singulier : la pointe d’un objet orné de cuir émergeait de ce cocon de soie. Une envie soudaine m’a saisie de jouer les Sherlock Holmes pour tenter de percer le secret de cet étrange personnage.

        Je l’ai donc pris en filature, profitant des végétaux pour camoufler ma présence. Il a déambulé dans les allées, et m’a semblé ne pas savoir où aller. Puis il s’est arrêté devant un Clerodendrum, aussi appelé arbre du destin en Chine. Vous savez, cet arbuste aux fleurs spectaculaires roses vives et aux feuilles à l’odeur particulière de cacahuète ? Oui… Veuillez m’excuser. Je suis tellement fascinée par la beauté de la nature que je ne peux m’empêcher de la partager. Reprenons… Il s’est donc arrêté puis a posé sa besace, s’est baissé et s’est mis à préparer la terre à la manière d’un jardinier. Il a d’abord creusé le sol de ses mains en prenant soin d’enlever les cailloux et les racines. Ensuite, après avoir regardé de tous côtés, il a libéré l’objet mystérieux protégé par les étoffes et l’a placé délicatement dans le trou. Enfin, il a rebouché le tout de terre puis d’un paillage de feuilles fraiches. Sa mission accomplie, il est parti en courant, changeant de direction de façon inopinée, comme le ferait un animal apeuré. Vous conviendrez que son attitude était vraiment des plus étranges ! Je me suis alors approchée de l’arbuste pour découvrir ce qu’il cachait, mais j’ai dû renoncer à mon entreprise. En effet, le gardien sonnait la cloche pour signifier la fermeture des jardins. Comme il m’est impossible de me soustraire aux règles, j’ai quitté les lieux mais me suis fait la promesse d’y revenir au plus vite.

          A peu près à la même heure le lendemain, je me suis de nouveau retrouvée dans les jardins d’Hamilcar. Je flânais dans les allées en direction du Clerodendrum, quand une souffrance, semblable à l’attaque d’un tigre, m’a lacéré l’intérieur du crâne. Je me suis tenue la tête entre les mains, jusqu’à ce que ce déchaînement de violence s’estompe. Ensuite, je me suis remise à marcher et ai eu la surprise, un peu plus loin sur le chemin, d’apercevoir à nouveau l’homme au comportement déroutant.

Il paraissait tout aussi hagard, tout aussi hésitant que la veille, la même besace sous le bras. Alors que j’aurais voulu retourner auprès du Clerodendrum, j’ai choisi de le suivre une seconde fois. Et là encore, il a recommencé son manège. Il a gratté la terre, cette fois derrière une splendide fougère arborescente. Savez-vous que ce type de fougère est une plante préhistorique ? Elle était déjà présente sur Terre bien avant l’apparition des dinosaures, il y a…

          Oui, pardonnez-moi… Je suis incorrigible. Poursuivons… Il a creusé la terre de manière déterminée et ensuite a sorti de sa besace une chose ronde, couleur ivoire, cerclée de fines lanières de cuir. Saisie par une irrépressible envie de découvrir cet artefact, je me suis approchée. Et ce que j’ai vu, je n’aurais pu me l’imaginer… Il tenait dans ses mains… Un crâne ! Oui, vous m’avez bien entendue ! Un crâne ! Je dois vous avouer que j’étais à la fois horrifiée et fascinée face à une telle merveille. Le crâne et le cuir, enlacés, ne faisaient plus qu’un. J’avais devant moi une véritable œuvre d’art ! Cependant, il m’était impossible de déterminer si le crâne était issu d’un vrai squelette ou s’il s’agissait d’une simple pièce de décoration en résine ou en plâtre. Je sais qu’à une certaine époque, il n’était pas rare de garder sur son bureau ce genre de curiosité. Il est dit que Carl Von Linné, le célèbre botaniste suédois, en possédait un vrai. Peut-être que l’homme que j’avais devant moi souhaitait simplement se débarrasser d’un héritage trop encombrant.

J’étais comme hypnotisée et suis restée à contempler ce crâne de longues secondes… Jusqu’à ce que nos regards se croisent... L’homme à la besace me fixait de ses yeux injectés de sang. Une rage dévastatrice paraissait s’être emparée de lui. Cela a bien évidemment réveillé mon tourment ! Le mal, semblable à une harpie venue d’ailleurs, semblait m’arracher les nerfs de ses serres. Oh mon Dieu… C’était un vrai supplice… J’avais l’impression que cette chose me transperçait la tête. Je ne supportais plus ! Soudain, mes bras m’ont échappé et une douleur fugace m’a anéantie. J’ai entendu un cri et mon corps s’est affaissé. Puis… Plus rien… Je ne ressentais plus rien. »

          La douleur est enfin partie. Je respire de nouveau paisiblement. J’ouvre les yeux. Le décor a changé. Autour de moi il n’y a plus que des murs gris. Je suis assise sur une chaise, au centre de la pièce. Un homme et une femme se tiennent face à moi. Elle me propose un verre d’eau. Lui, il ouvre un dossier posé sur la table. Ils me regardent sans dire un mot et me montrent des photos, les unes après les autres.

      « Je reconnais cet homme. Je l’ai vu plusieurs fois dans les jardins d’Hamilcar ! Oh, ma tête me fait si mal. Oui, il avait un comportement étrange, il enterrait de drôles de choses, c’est pourquoi je l’ai suivi. Mais je n’ai pas été assez prudente, il m’a surprise l’observant et est entré dans une colère folle. Il avait le sourire glaçant d’un esprit malveillant. Et puis… J’ai dû m’évanouir parce que la suite n’est que néant. Oh ce sifflement dans ma tête… Je ne le supporte plus. Il faut que cela cesse. Ces photos sur la table... Ce sont des prises de vue de mon appartement ? Je ne comprends rien. Pourquoi me montrez-vous des photos de mon appartement ? Et quel est cet endroit ? Où sommes-nous ? Tout à l’heure je lisais sur le banc devant le grand cèdre. Je ne comprends pas comment je suis arrivée ici. Je lisais. Et… »

           Cette douleur dans la tête. Elle me paralyse. Je me sens glisser, sombrer. Il fait soudain très noir… Tout se mélange… La terre… Mes yeux qui s’embrument. Je ne comprends plus rien. Que s’est-il passé ? Mes ongles chargés d’humus… Je creuse… La tête me tourne. Vite. Finir avant la cloche. Je creuse… Pas pour déterrer mais pour enfouir. Mais quoi ? La sacoche. Je prends ce qu’il y a dedans. Tout vacille autour de moi. Il faut que je termine… Ce blanc contraste tellement avec le noir de cette terre. Le noir… Et cette cloche qui ne cesse de sonner ! Elle m’étourdit ! Il faut que cela cesse… Quelqu’un m’appelle. Plusieurs fois. Cela semble si lointain. Presque irréel. Je sens un tissu humide me caresser le visage. C’est tellement apaisant…

          Je reviens à moi. Doucement. Ma respiration et mon pouls reprennent un rythme normal. Je suis toujours assise sur cette chaise, dans cette petite pièce aux murs gris. Je commence à comprendre. Cette fois mes mains sont menottées et posées sur la table. L’homme et la femme sont toujours assis en face de moi. Elle me demande si je vais mieux. Lui, il me montre d’autres photos.

           « Je reconnais cet homme. Ce visage… Je me souviens de ses mains... De l’appartement. J’avais toujours peur dans cet appartement. Mes maux de tête ont commencé là-bas, il y a plusieurs mois. Aussi, je me réfugiais dans les jardins d’Hamilcar pour une échappée vers un ailleurs plus doux. Oui, je reconnais cet homme. Je me souviens de son odeur âcre d’alcool, de son regard hanté par son obsession. De sa soif d’en découdre. Je me rappelle sa ceinture de cuir, de son corps si proche du mien. De ce « non » que j’ai dit tant de fois. Jusqu’à ce jour-là. Le jour où je n’ai plus supporté ce qu’il me faisait endurer.

            Oui, tout me revient maintenant. Il faisait beau ce matin-là. Je venais de refermer la fenêtre donnant sur le balcon quand il m’a saisi l’épaule et m’a attirée en arrière. Je n’ai pas réfléchi. J’étais comme vide à l’intérieur. J’ai saisi le presse-papier qui se trouvait sur le bureau. C’était une statuette de Thémis tenant une balance dans une main et une épée dans l’autre. Dans la mythologie grecque, elle est la déesse de la justice divine. C’est une drôle de coïncidence, vous ne trouvez pas ?

           Oui, bien sûr, terminons-en avec cette histoire. Je suis fatiguée. Vous aussi sans doute. Quand il m’a attrapée, ce matin-là, c’était la fois de trop. Dans un état second, je l’ai frappé avec ce presse-papier. De toutes mes forces. Sur la tête. Il est tombé et ne s’est jamais relevé. Alors j’ai fait ce que j’avais à faire… Et j’ai utilisé le cuir de sa ceinture pour en découper de fines lanières. Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais je suis une passionnée de stylisme… »

              J’ai tout raconté à cet homme et à cette femme, assis là, devant moi. Tout ce qu’il m’a fait subir depuis si longtemps. Ils m’ont écoutée. Attentivement. Sans jamais m’interrompre. Ils m’ont crue, je crois. Elle s’est levée les larmes aux yeux. Lui, il a refermé le dossier. Ils ont quitté la pièce et d’autres personnes sont ensuite arrivées pour s’occuper de moi.

        « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. C’était moi avec la sacoche. Et lui, c’était Anatole. L’homme qui était censé m’aimer. »

                                                                                                  Chris Vamay

Un pissenlit
sur le bitume

          de Chris Vamay

Couv Les Bonnes Feuilles.jpeg

Lauréate de Bronze

au concours de poésie Les Bonnes Feuilles.

Dans ce recueil, les poèmes se répondent en miroir, comme le yin et le yang, comme l'automne et le printemps.

Leurs reflets se cherchent, s'échappent, mais finissent toujours par se retrouver.

Rien n’est figé. Tout change, tout passe, tout pousse malgré les ombres. Comme un pissenlit sur le bitume...

Prix : 15,50 €

Pissenlit

©Chris Vamay - Tous droits réservés

Les textes, créations et concepts présentés sur ce site sont des oeuvres originales protégées par le droit d'auteur.
Toute reproduction, diffusion ou utilisation sans autorisation écrite préalable est interdite.

© 2035 by The Book Lover. Powered and secured by Wix

bottom of page